Interview de Patrick La Spina, coach COERVER® , dans Vestiaires Magazine

 Il y a tout juste 30 ans naissait la “méthode Coerver”, basée sur le développement des qualités techniques du joueur, de sa confiance et de sa créativité. Une conception du jeu et de l’entraînement qui réunit aujourd’hui des milliers d’adeptes à travers le monde, et pas des moindres : de Jürgen Klinsmann à Vicente Del Bosque en passant par René Meulensteen (ancien formateur à Manchester United et adjoint de Ferguson), Liam Brady (directeur de la formation à Arsenal), José Morais (adjoint de Mourinho à Chelsea) ou encore Gérard Houllier, tous ont déjà témoigné des bienfaits de cette méthode. Pas étonnant si de nombreux clubs font régulièrement appel à des formateurs Coerver, comme le centre de formation du Real Madrid récemment… Pour en savoir plus, VESTIAIRES s’est rendu au Servette de Genève à la rencontre de Patrick LA SPINA, l’un des 40 ambassadeurs de la “marque”. Ancien grand espoir du football helvète, le technicien chargé du développement de Coerver en Suisse nous parle d’une méthode dont on a peut-être pas fini d’entendre parler, et notamment en France où l’intéressé dit recevoir “énormément de demandes d’informations”…

Quelle définition pouvez-vous donner de la méthode Coerver ?
Patrick LA SPINA : Il s’agit d’une méthode d’entraînement basée sur la technique, qui se focalise sur le développement individuel du joueur et le jeu en petits groupes.
Quelle en est l’origine ?
PLS : Elle fut inspirée à la fin des années 70 par Wiel Coerver, un formateur hollandais (mort en 2011, Ndlr), qui avait prédit que dans le football du futur, il y aurait moins d’espaces et donc moins de temps pour que le joueur s’organise. Son approche fut ensuite reprise et formalisée en 1984 par deux techniciens anglais, Alfred Galustian et Charlie Cooke. Depuis, la méthode a beaucoup influencé les procédés d’entraînement du monde entier, tout en continuant à évoluer pour englober désormais tous les aspects du football moderne.

Pour beaucoup, Coerver évoque encore ces images datant effectivement des années 80 où l ‘on voit les jeunes de l ‘Ajax répéter leurs gammes techniques, chacun avec un ballon…
PLS : C’est le Coerver old school si je puis dire. Ce travail de maniement du ballon appelé Ball Mastery (maîtrise du ballon,
Ndlr) est à la base d e la méthode . Mais i l ne représente aujourd’hui qu’une infime partie du programme. On l’utilise de temps en temps en début de séance, pendant 7 à 10 minutes, chez les jeunes. Mais il est surtout préconisé en dehors, un peu comme des devoirs personnels…

Avec quel objectif ?
PLS : Il améliore la sensibilité du joueur avec le ballon, ce qui
constitue le fondement de la méthode Coerver. Mais c’est aussi et surtout un travail de psychomotricité spécifique. Nous partons du principe que pour s’entraîner au football, il faut jouer au football. Le Ball Mastery est un moyen exceptionnel de développer la coordination à travers les gestes du footballeur. Le transfert est plus efficace qu’en utilisant des échelles de course, par exemple. La logique est la même qu’en préparation physique intégrée.

Mais la méthode Coerver, vous l’avez dit, ce n ‘est plus que ça…
PLS : Non, en effet. C’est devenu une méthode structurée et structurante , que peu de gens connaissent finalement où le jeu est omniprésent. Coerver n’est pas un programme qui apprend la technique, car un bon technicien ne fait pas forcément un bon footballeur, mais vise à utiliser cette technique dans le jeu. Il y a une vraie notion d’efficacité.
Comment cela se traduit-il à l’entraînement ?
PLS : Le contenu est pensé en fonction de la pyramide Coerver qui comporte 6 étages : le Ball Mastery, la passe et prise de balle, le 1 contre 1, la vitesse avec et sans ballon, la finition, et enfin les petits jeux. Chaque étage est en lien avec des gestes techniques pour lesquels nous disposons d’une batterie d’exercices. L’idée générale est de partir de ce geste pour l’amener petit à petit dans le jeu.
Et en termes de planification ?
PLS : C’est très simple : chaque tranche d’âge travaille plus ou moins chaque partie de la pyramide, sous la forme d’un camembert. Avec toutefois des principes d’entraînement généraux clairement définis, et immuables.
Lesquels sont-ils ?
PLS : D’abord, on utilise des surfaces de jeu très réduites, surtout avant 12 ans, pour mettre de suite une grande intensité. Au bout de quelques semaines, on constate un transfert en match : les joueurs finissent par jouer comme ils s’entraînent… Dans les oppositions, on dépasse rarement le 4 contre 4. Ce qui permet plus de duels, plus de touchers de balle, plus de situations serrées, plus de créativité. On met le plus souvent plusieurs buts pour induire les changements de direction et encourager encore et toujours la créativité. Enfin, on sectorise le terrain par portions, surtout à partir des U16, afin de travailler un geste technique par position de la manière la plus pertinente qui soit, en lien avec la tactique.

Vous avez dit que l’idée générale était de par tir d’un geste technique pour l’amener petit à petit dans le jeu ? Comment procédez-vous concrètement ?
PLS : Nous effectuons d’abord un travail que l’on peut qualifier d’analytique, mais de manière intelligente, c’est-à-dire avec une notion de choix, toujours. Ce n’est pas du travail répétitif. Puis nous incorporons ce
même geste dans le jeu, que ce soit à travers du 1 contre 1, 2 contre 2, 3 contre 3 voire 4 contre 4. La réalisation du geste est alors liée à des déclencheurs de jeu : où, quand, comment ? “Où”, c’est la position
du joueur sur le terrain. “Quand”, c’est là où se trouve l’adversaire (de face, de côté ou derrière). Et “comment”, ce sont les gestes techniques appropriés à la situation.
Pouvez-vous nous donner un exemple qui illustre l’approche de la méthode Coerver sur la manière de travailler un geste technique en lien avec les déclencheurs de jeu ?
PLS : On va prendre l’exemple d’un exercice en 1 contre 1. Je précise d’emblée que le 1 contre 1 n’a pas vocation chez nous à travailler le dribble, mais à se créer de l’espace. C’est pourquoi nous travaillons beaucoup les feintes et changements de direction dès le plus jeune âge. Voici donc : on lance un joueur le long de la ligne de touche, côté droit, à une trentaine de mètres de la ligne de sortie de but. Il doit aller marquer. Mais un adversaire arrive à toute vitesse sur sa gauche. Le porteur a ici plusieurs solutions : soit continuer tout droit en misant sur sa vitesse, soit revenir en arrière, soit faire semblant de revenir en arrière et continuer, soit rentrer à l’intérieur. Pour chacune de ces options, il va devoir réaliser, au bon moment, le geste technique adéquat. Encore faut-il qu’il en ait en magasin ! C’est là que nous intervenons en amont en essayant, par le biais de l’entraînement, de lui offrir la plus large palette possible de gestes t echniques. A lui ensuite d’effectuer son choix dans le feu de l’action. Il reste le décideur.
Le fait de par tir sur du 1 con tr e 1 permet de répéter l’action en boucle ?
PLS : Bien sûr ! Dans une opposition à 8 contre 8 par exemple, l’attaquant n’aurait peut-être jamais eu l’occasion de réaliser un geste technique dans cette situation. Ou peut-être qu’une seule fois. Or, la progression c’est aussi la répétition.

Les joueurs ne peuvent-ils pas acquérir ces gestes techniques naturellement, à travers le jeu, sans passer par la phase analytique que Coerver préconise ou le 1 contre 1 ?
PLS : Comme je l’ai dit, dans une opposition classique, le joueur peut ne pas trouver toutes les options techniques qui s’offrent à lui. Il est donc de notre devoir de les lui enseigner. Ceci étant, il peut en effet apprendre tous les gestes techniques en jouant, mais cela prendra beaucoup plus de temps ! De la même manière, il est possible d’apprendre à jouer au golf ou au tennis e n pratiquant pendant des heures. Mais si vous le faites avec un professeur qui vous aide à décomposer les différents gestes, à les utiliser à bon escient, et à les lier progressivement au jeu, vous apprendrez plus vite et mieux.

Le jeu induit tout de même une bonne part de créativité…
PLS : Selon moi, la créativité est surtout le fruit de l’interaction entre toutes les choses que le joueur a apprises. Plus il aura d’éléments combinatoires dans sa palette technique, plus il pourra être créatif. Alors certes, i l y a un aspect inné, mais la technique s’apprend bel et bien, et à tout âge. C’est l’un des principes de
base de la méthode Coerver.
Vous ne faites donc pas du football de rue un modèle
en termes de processus d’apprentissage, comme beaucoup le font actuellement…
PLS :Non. Le football de rue ne permet pas d’apprendre les choses juste . Je rejoins en ce
sens ce que dit l’ancien grand formateur du Barça, Laureano Ruiz, le premier à avoir dit que le football était un sport cognitif (dans l’ouvrage “L’authentique méthode du Barça”, ce dernier affirme : “L’apprentissage du football est très lent. Utiliser les membres inférieurs pour contrôler ou conduire un ballon n’a rien de spontané ou de naturel. C’est un jeu d’éducation pour lequel chacun des éléments qui le composent doit s’apprendre. Le football sauvage, contrairement à une idée reçue, peut engendrer plus de dégâts que de bienfaits”, Ndlr). Si vous voulez qu’un joueur progresse, il faut lui montrer certains gestes et les travailler dans différentes situations. Le jeu ne résout pas tous les problèmes. Je suis contre le travail analytique réalisé à vide et de manière répétitive. Mais laisser les joueurs uniquement dans le jeu s’apparente pour moi à un autre extrême tout aussi néfaste.
En définitive, la méthode Coerver se situe à mi-chemin entre l ‘approche analytique et globale… Or, certains ne font que du global et obtiennent d’excellents résultats. Qu’est-ce que cela veut dire d’après vous ? Qu’il n’y a pas une recette qui fonctionne, mais plusieurs ?
PLS :Moi, je ne réfléchis pas en termes d’équipe et de résultat, mais en termes de joueur et de progression. Le global, c’est très bien. Une grosse partie de nos séances l’utilisent, nous démarrons le plus souvent par du jeu. Mais la question que nous nous posons, c’est : comment peut-on continuer à développer
le joueur pour qu’il soit encore meilleur dans le global ? Avec Coerver, la notion qui est importante à retenir, c’est apprendre à jouer au football. On ne joue pas et on apprend, on apprend à jouer et on joue. Ce n’est pas la même chose.
Quel regard portez-vous sur l’évolution de la formation en France et en particulier sur les méthodes d’entraînement prônées aujourd’hui par la DTN, très axées sur le jeu ?
PLS : Pour moi, la France a toujours été un exemple en matière de formation. Le fait que le jeu soit plus présent dans les procédés d’entraînement, comme en Espagne ou au Portugal, c’est très bien. Non seulement c’est complémentaire, mais c’est très proche de Coerver. Je pense toutefois qu’on peut apprendre à jouer au football en faisant aussi de l’analytique, ce qui a souvent une connotation négative !
Pourtant, tout dépend de quelle méthode analytique on parle : la répétition isolée, la robotisation, ou l’apprentissage de nouveaux gestes en lien avec le jeu comme nous le faisons ? Cette dernière est très positive. C’est de l’analytique ludique. Un travail très stimulant qui permet, en plus, de mettre tous les
joueurs sur un même pied d’égalité.
Que voulez-vous dire ?
PLS : Il y a des matches en jeunes où le tout global va avoir pour effet d’exclure certains joueurs qui sont moins confiants, moins rapides, moins doués… Sur du 8 contre 8, combien de fois vont-ils toucher le ballon ? Dans ce que l’on propose, il y a une progression individuelle, quel que soit son niveau. On se bat contre soi-même et pas contre les autres. Pour le joueur, c’est très stimulant.
Cela se traduit par des séances  très dynamiques avec peu de temps morts. Le plaisir est une notion indissociable de la méthode , comme la confiance.
La confiance ?
PLS : Oui, ce que Coerver recherche, c’est développer la motivation intrinsèque, laquelle n’est pas liée au résultat, à la peur de la sanction, mais à l’envie d’apprendre. Comment ? En incitant le joueur à prendre des risques, des initiatives. Si un joueur redoute les conséquences de ses actes, il va éviter les situations difficiles. Il est donc important qu’il prenne conscience qu’il peut tenter. On va alors tout faire pour l’y encourager.

En relativisant l’échec ?
PLS :Non, en valorisant la réussite. Toutes nos séances sont basées sur la motivation et le succès. A l’entraînement, on veut que les joueurs gagnent constamment. C’est bien de confronter les joueurs à la difficulté, mais c’est aussi important qu’ils aient du succès. Car c’est ce qui engendre la motivation. Et qui dit
motivation dit progression. C’est sur la réussite que le joueur base sa confiance, pas sur l’échec. C’est pourquoi on a des petits trucs pour ça, dans la pédagogie, pour les faire gagner…
Comme quoi ?
PLS : On n’a rien inventé… Ce matin, par exemple, j’ai demandé aux U11, sur du Ball Mastery, d’effectuer le plus possible de doubles contacts sur place en 10 secondes, et de garder le chiffre en tête. Puis je leur ai demandé de recommencer mais en essayant d’améliorer leur score d’au moins trois contacts. A la fin, j’ai
demandé qui avait réussi, tous ont levé le doigt. Je leur avais laissé 15 secondes…
Une sorte d’effet placebo…
PLS : C’est surtout la volonté de créer les conditions favorables à la motivation et à l’envie de progresser de chacun. C’est une philosophie. Et les enfants en sont friands. Dans nos camps d’été, selon le thème technique de la séance, on appelle cette dernière par le nom d’un joueur de haut niveau. Et on montre aux jeunes, sur écran, comment ce joueur l’utilise à bon escient en match. C’est un vecteur incroyable de motivation.
Quelle place tient le travail tactique, offensif et défensif, dans les séances Coerver ? Et comment le développez-vous ?
PLS : La tactique est intégrée. Nous voyons le football comme une succession de confrontations et de relations entre 2, 3, 4 joueurs. En réduisant les surfaces, nous travaillons sur deux aspects étroitement liés : Le cognitif et la technique. Le joueur, toujours preneur de décision , est confronté au fait de devoir faire les choix les plus pertinents, parfois une passe, parfois un dribble… Et plus il aura de solutions
techniques, plus sa palette de choix sera grande.

Coerver est très axé vers le développement du joueur,
moins vers celui du collectif…

PLS : Nous partons du principe que si l’on est trop tourné vers le collectif, vers le résultat, on le sera moins vers la progression du joueur. Ce qui ne veut pas dire qu’on renie la dimension collective du football! Simplement, on l’impacte différemment: qu’est-ce que je peux apporter individuellement, sur le plan technique, pour améliorer l’aspect collectif ? Le joueur est notre priorité. A ce sujet, j’ai le sentimen aujourd’hui que beaucoup d’entraîneurs, de formateurs, sont davantage tournés vers la méthodologie que vers le joueur. On évalue ce dernier selon des standards qu’on nous a ancrés, mais l’on ne parvient
plus à se poser la question de sa progression individuelle, de ses besoins. Nous, c’est tout l’inverse. On montre qu’on s’intéresse à chaque joueur. Et j e peux vous dire qu’ils le ressentent.
Cela génère un meilleur climat d’apprentissage ?
PLS : C’est évident. Autre chose : on passe trop de temps à voir ce qui ne va pas chez les jeunes, à identifier leurs lacunes. C’est bien de corriger, mais on en oublie de souligner, de valoriser, de développer, d’entretenir les points forts. “Il est bon techniquement, donc il faut maintenant lui apporter autre
chose”. Non !
A trop individualiser, n’y a-t-il pas un r isque de tendre ver s l’individualisme ?
PLS : C ‘est un faux débat . Regardez Ronaldo et Neymar : à 17 ans, ils étaient considérés comme individualistes. Mais ce sont des joueurs qui font la différence aujourd’hui ! Quand on est formateur, il faut être prêt à accepter que de telles individualités puissent de temps en temps perdre l e ballon. . . En préfo, certains en font trop, et alors ? Cela ne veut pas dire qu’ils sont individualistes. Ils se développent. Les ramener trop tôt dans le collectif, c’est risquer de les “casser”. Il faut le faire de manière p lus progressive et subtile . C’est le propre de la méthode Coerver : encourager la créativité , la prise d’initiatives, et apprendre ensuite à utiliser la technique dans le jeu.
Vous avez utilisé tout à l ‘heure le terme de philosophie. Et, à vous entendre, on a le sentiment en effet
que Coerver n ‘est pas qu’une méthode…
PLS : Oui… C ‘est poser un regard différent sur le football et la manière de l’enseigner. Accepter de “déconstruire” ce qu’on a appris, de ne pas rester enlisé dans ses certitudes, pour faire un pas de côté et avoir un œil neuf. Dans un match, certains regardent d’abord la tactique, d’autres la cohésion… moi c’est la technique. Et pour l’éducateur que je suis, c’est très plaisant ! Le geste technique, c’est ce qui nous a fait aimer le foot. C’est ce qui nous fait lever de notre canapé. Coerver nous ramène à notre passion originelle.
D’où cet enthousiasme palpable chez les éducateurs et les joueurs qui l’utilisent. Depuis dix-vingt ans, les fédérations ont défendu plein de théories sur l’entraînement, c’est parti dans tous les sens, jusqu’à en oublier parfois l’essence même du jeu. Coerver permet justement de revenir à l’essentiel.
Pour finir, quels sont les joueur s de haut niveau dont on peut dire qu’ils sortent de la méthode Coerver ?
PLS : L’influence de Coerver dans le football mondial est énorme et indiscutable. Ceci étant , comme i l n’y a pas de “club Coerver”, ce serait prêtentieux de dire que tel ou tel joueur ” sort de la méthode Coerver”. Après, certains en ont parlé dans des interviews, tels que les Hollandais Robben, Van Persie et Van Nistelrooy, mais aussi l’ancien Monégasque John Collins ou les Anglais Wayne Rooney et Daniel Sturridge…
Mais je ne veux pas trop rentrer dans ces considérations marketing . Coerver n’ est pas une baguette magique qui crée des joueurs exceptionnels. C’est une philosophie, une manière de voir le football et d’en concevoir l’entraînement, avec des fans dans le monde entier. Après, que des stars s’en prévalent…
Cela pourrait vous conférer pour tant une vraie légitimité!
PLS : Notre seule légitimité , vérifiable et incontestable, c’est que les joueurs adorent Coerver.

 

■ Propos recueillis
par Julien Gourbeyre
www.vestiaires-magazine.com

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